Jour : 7 septembre 2026

Repérer et mesurer la victimisation institutionnelle

Actions pour les droits des femmes, Droit & législation

Comment savoir si les démarches engagées après des violences ont elles-mêmes généré de nouvelles souffrances ? C’est à cette question que répond le projet de développement de l’Échelle d’évaluation de la revictimisation institutionnelle chez les femmes victimes de violences conjugales en France (ERI-FR).

Cet outil vise à évaluer les expériences de victimisation institutionnelle vécues par les femmes ayant engagé une procédure judiciaire après des violences au sein du couple.

Pourquoi développer un nouvel outil ?

Les victimes de violences conjugales sont confrontées à de nombreuses conséquences liées aux violences subies. L’objectif de l’ERI-FR est de vérifier qu’une souffrance supplémentaire n’a pas été induite par le parcours judiciaire lui-même.

Une construction scientifique

L’élaboration de l’outil repose sur une méthodologie rigoureuse associant des entretiens réalisés auprès de dix femmes victimes, une revue de la littérature scientifique, l’expertise de cinq spécialistes du sujet ainsi qu’un prétest mené auprès de cinquante participantes.

Quatre dimensions évaluées

La version finale comprend 19 items répartis en quatre dimensions :

  • Discréditation et culpabilisation : remise en cause de la parole ou responsabilisation de la victime.
  • Hostilité institutionnelle : attitudes perçues comme peu empathiques, hostiles ou sexistes.
  • Gestion défaillante du dossier : difficultés administratives, manque de coordination ou insuffisance de formation.
  • Insuffisance de suivi : absence d’accompagnement après le dépôt de plainte ou difficultés liées aux mesures de protection.

À quoi servira-t-elle ?

L’ERI-FR pourra contribuer à évaluer la qualité des réponses institutionnelles, identifier les situations de revictimisation institutionnelle, mesurer l’impact des formations professionnelles, accompagner l’évaluation des politiques publiques et soutenir les travaux de recherche.

Les femmes invisibilisées de l’Histoire de l’art : le replay de la conférence est disponible

Culture

Replay de la conférence sur les causes de l’invisibilité des artistes femmes dans l’histoire de l’art

Alors que les expositions consacrées aux artistes femmes se multiplient et que des créatrices pourtant reconnues de leur vivant, comme Alice Guy, Suzanne Valadon ou Charlotte Perriand, sont progressivement redécouvertes, les raisons de leur invisibilité dans l’histoire de l’art restent encore peu questionnées.

Cette conférence organisée aux Archives départementales du Gard propose d’explorer les mécanismes qui ont contribué à cet effacement, depuis les conditions d’apprentissage des artistes jusqu’à la reconnaissance posthume de leurs œuvres.

À l’issue de l’intervention, un échange avec les représentantes des Archives départementales du Gard, de la Conservation départementale du Gard et du musée des Beaux-Arts de Nîmes a permis de faire le point sur les actions menées en faveur de la reconnaissance des artistes femmes.

Tout au long de la rencontre, une facilitation graphique en direct a été réalisée par l’artiste Alyss Fleury, tandis que des œuvres d’artistes femmes étaient présentées et commentées.

Intervenantes : Corine Girieud, Barbara Gouget, Lucienne Del’Furia, Fanny Charton et Corinne Porte.

Le masculinisme, une radicalité antiféministe sous surveillance

Égalité Femmes-hommes

Le lancement d’une mission parlementaire sur les masculinismes en novembre 2025 visait à analyser la progression et la dangerosité des réseaux et discours antiféministes.

Portée par la Délégation aux droits des femmes du Sénat, cette initiative s’inscrit dans la continuité de travaux consacrés aux violences faites aux femmes et à l’égalité.

Après sept mois d’auditions et d’analyses, le rapport « Mascus : la nouvelle offensive contre les femmes » formule 24 recommandations destinées à lutter contre l’influence des mouvements masculinistes et à mieux protéger les jeunes. Les propositions s’articulent autour de quatre axes : faire de la lutte contre le masculinisme un enjeu majeur de politique publique, réguler les contenus numériques, prévenir les phénomènes de radicalisation et mobiliser l’ensemble de la société.

Le rapport souligne que ces mouvements s’attaquent aux droits des femmes et au principe d’égalité entre les femmes et les hommes. Leur discours contribue également à discréditer la parole des femmes et alimente des phénomènes de cyberharcèlement visant notamment les associations et dispositifs d’aide aux victimes.

Les sénatrices estiment que « les mouvements masculinistes représentent un risque réel pour notre démocratie et notre cohésion sociale ». Certaines recommandations rejoignent par ailleurs les analyses du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes concernant la menace que représentent ces mouvements.

Ressource associée : Rapport Mascus : la nouvelle offensive contre les femmes.

Organisation judiciaire en matière de violences au sein du couple

Droit & législation

Deux procédures peuvent être engagées simultanément afin d’assurer à la fois la protection des victimes et la sanction des auteurs.

La procédure pénale débute par le dépôt d’une plainte ou un signalement, suivi d’une enquête dirigée par le procureur de la République. Selon la nature et la gravité des faits, l’affaire est jugée par le tribunal correctionnel pour les délits, tels que les violences, les menaces, le harcèlement ou les agressions sexuelles. Les crimes, notamment les viols, relèvent quant à eux de la cour criminelle départementale ou de la cour d’assises.

En parallèle, la procédure civile permet au juge aux affaires familiales de prendre rapidement des mesures destinées à protéger les victimes. Il peut notamment délivrer une ordonnance de protection, prononcer l’éviction du conjoint violent, interdire tout contact ou statuer sur certaines mesures concernant les enfants.

Une loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelle

Contre les violences faites aux femmes

Une coalition féministe réunissant de nombreuses associations et organisations porte aujourd’hui un projet de loi-cadre destiné à renforcer la lutte contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants.

Forte de 140 propositions, cette loi entend apporter une réponse d’ampleur aux violences sexuelles et sexistes. Elle vise à renforcer la prévention et l’éducation, améliorer la protection des enfants, accompagner davantage les victimes, développer une justice spécialisée et garantir des moyens financiers adaptés afin de lutter plus efficacement contre l’impunité.

Une mobilisation inédite

Ce projet intervient dans un contexte de forte mobilisation citoyenne et associative. Plus de 343 000 personnes ont signé une pétition en faveur d’une loi-cadre intégrale contre les violences sexuelles et près de 150 associations, organisations de la société civile et corps intermédiaires ont participé à l’élaboration des propositions.

Cette mobilisation a conduit à la saisine du Conseil économique, social et environnemental (CESE), qui a rendu son avis le 16 juillet 2026.

L’analyse du Conseil économique, social et environnemental

L’institution a examiné les conditions nécessaires à l’application concrète de la future loi et identifie quatre priorités.

Faire de la prévention le socle de la lutte contre les violences

Le Conseil économique, social et environnemental estime que la lutte contre les violences sexistes et sexuelles ne peut reposer uniquement sur la réponse pénale. Il préconise le développement effectif de l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS), le repérage précoce des situations à risque et le renforcement de la formation des professionnels.

Garantir les moyens nécessaires

Le Conseil économique, social et environnemental souligne les difficultés rencontrées par la justice, les forces de sécurité, la protection de l’enfance, la santé, l’Éducation nationale et le secteur associatif. Il recommande un plan interministériel doté de financements pérennes.

L’institution insiste également sur la nécessité de former les professionnels aux biais liés aux stéréotypes de genre, d’origine, d’orientation sexuelle ou encore aux conditions de vie.

Renforcer le soutien au monde associatif

Les associations sont identifiées comme des acteurs essentiels de la prévention, de l’accès aux droits et de l’accompagnement des victimes. Le Conseil économique, social et environnemental appelle à sécuriser leurs financements sur le long terme.

Garantir l’accès aux droits pour toutes et tous

Enfin, l’institution rappelle la nécessité d’adapter les politiques publiques aux réalités vécues par les victimes, notamment les enfants, les femmes en situation de handicap, de précarité ou confrontées à des discriminations.

Quelle suite ?

Portée dans la rue lors des manifestations du 4 juillet, y compris dans le Gard, la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles doit être déposée à la mi-août pour un examen parlementaire dès la rentrée.

La terreur masculiniste

Culture

Publié en 2024, La terreur masculiniste de Stéphanie Lamy analyse la montée des mouvements masculinistes et leurs conséquences sur les droits des femmes et des minorités.

L’autrice montre comment ces idéologies, nourries par des discours antiféministes et conspirationnistes, peuvent favoriser le passage à l’acte violent, des violences conjugales au cyberharcèlement, jusqu’à certains attentats revendiqués au nom de cette idéologie.

L’ouvrage dresse un panorama des différents courants masculinistes, de leurs modes d’organisation, de leurs relais sur les réseaux sociaux et de leurs liens avec d’autres mouvements antidémocratiques. Il questionne également les mécanismes qui contribuent à minimiser leur dangerosité dans l’espace public.

Spécialiste des guerres de l’information et militante féministe, Stéphanie Lamy a été auditionnée par la mission parlementaire de la Délégation aux droits des femmes du Sénat. Ses travaux ont notamment nourri les réflexions présentées dans le rapport Mascus : la nouvelle offensive contre les femmes.

La terreur masculiniste, Éditions du Détour, 184 pages, 2024.
Lecture conseillée à partir de 14 ans.

Mascus, les hommes qui détestent les femmes

Culture

Diffusé sur France Télévisions, Mascus, les hommes qui détestent les femmes est un documentaire de 51 minutes réalisé par Pierre Gault.

À travers une véritable cyber-enquête, le journaliste s’est immergé dans les forums, groupes Telegram, espaces WhatsApp et conversations privées fréquentés par les communautés masculinistes.

Le film met en lumière l’ampleur de la « manosphère » et donne à voir, de l’intérieur, des discours misogynes, des appels au harcèlement, la banalisation des violences sexuelles ainsi que des propos racistes. Il montre comment ces contenus circulent massivement sur les réseaux sociaux et participent à la diffusion d’une culture hostile aux femmes.

Accessible à partir de 10 ans, ce documentaire constitue un complément utile aux travaux menés récemment sur les masculinismes et leurs conséquences sur l’égalité entre les femmes et les hommes.

Réalisé par Pierre Gault, produit par EverProd.

Briser le silence, guérir ensemble

Culture

Dans Briser le silence, guérir ensemble. La puissance du collectif pour transformer les traumas, Anya Tsaï explore les chemins de reconstruction après un traumatisme à travers cinq récits de résilience.

L’autrice aborde les conséquences souvent invisibles des violences : honte, culpabilité, deuil, perte de sécurité intérieure ou difficulté à poser ses limites.

Ancré notamment dans des parcours marqués par les violences sexuelles, l’ouvrage montre combien le fait d’être écouté, cru et soutenu peut contribuer au processus de guérison. Il met en lumière la force du collectif comme ressource pour sortir de l’isolement et retrouver confiance en soi, dans les autres et dans le monde.

Publié en mai 2026, ce livre propose une approche profondément humaine de la réparation des traumatismes et rappelle que la reconstruction peut aussi s’appuyer sur les liens créés avec les autres.

À lire : Mecs in Progress

Culture

Dans cet essai graphique, Lauraine Meyer s’intéresse aux nouvelles masculinités à travers le parcours de plusieurs personnages qui questionnent leur rapport aux normes sociales, au sexisme et au féminisme.

Accompagnés par Selma, Jim et Dédé explorent les mécanismes qui façonnent les comportements masculins dans la sphère intime, amicale et sociale.

Accessible et documenté, l’ouvrage aborde les enjeux de déconstruction des stéréotypes de genre tout en ouvrant des pistes de réflexion sur la construction d’une masculinité plus égalitaire. À travers l’humour, le dessin et le récit, l’autrice propose des clés pour comprendre comment chacun peut interroger ses représentations et ses comportements.

Publié aux éditions Steinkis en 2025, Mecs in Progress constitue une ressource intéressante pour engager le dialogue sur l’égalité entre les femmes et les hommes et promouvoir des modèles de masculinité positifs.

À écouter : Quand les mascus tuent

Culture

Dans l’épisode « Quand les mascus tuent » du podcast Les Couilles sur la table, la journaliste Naomi Titti reçoit la sociologue Mélissa Blais, spécialiste du masculinisme depuis plus de vingt ans. Ensemble, elles reviennent sur l’attentat de l’École Polytechnique de Montréal en 1989, considéré comme le premier attentat terroriste masculiniste de l’histoire.

L’émission analyse les origines et les ressorts politiques des mouvements masculinistes, leur influence sur les discours antiféministes contemporains et leurs liens avec d’autres formes de radicalisation. Elle interroge également la manière dont ces idéologies continuent de circuler et de se diffuser dans nos sociétés.

À travers cet échange, le podcast contribue à mieux comprendre les mécanismes du masculinisme et ouvre des pistes de réflexion pour prévenir les violences, notamment en développant l’empathie et l’esprit critique.

Crédits

Les Couilles sur la table est un podcast créé par Victoire Tuaillon produit par Binge Audio. Cet entretien a été préparé, mené et monté par Naomi Titti et enregistré le lundi 12 mai 2025 au studio Virginie Despentes de Binge Audio (Paris, 19e). Prise de son, réalisation et mixage : Paul Bertiaux. Supervision éditoriale et de production : Naomi Titti. Production et édition : Marie Foulon. Communication : Lise Niederkorn et Léna Fourgeau. Rédacteur en chef : Thomas Rozec. Direction de production : Albane Fily. Responsable administrative et financière : Adrienne Marino. Musique originale : Théo Boulenger. Identité graphique : Marion Lavedeau (Upian). Composition identité sonore : Jean-Benoît Dunckel. Voix identité sonore : Bonnie El Bokeili. Direction des programmes : Joël Ronez.